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L’éco-anxiété et l’activisme écologique radical (C1-C2) – Podcast #26

Dans cet épisode, on s’intéresse à l’éco-anxiété et aux différentes formes d’engagement écologique, jusqu’aux actions militantes les plus radicales. Un podcast de niveau C1-C2 pour approfondir son vocabulaire sur l’environnement et les questions de société, tout en améliorant sa compréhension orale en français.

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Situation : Exprimer son opinion sur l’éco-anxiété et l’activisme écologique radical en argumentant

« Il nous reste 1028 jours ». Cette phrase écrite sur le tee-shirt d’une militante de Dernière Rénovation attachée au filet du court de tennis lors de la demi-finale homme de Roland Garros le 3 juin 2022, a fait le tour du monde. 1028 jours mais jusqu’à quoi ? Selon certains défenseurs de la cause climatique, à partir du 31 décembre 2024, il n’y aurait plus de solution viable pour sauver la Terre du réchauffement climatique. Ce genre d’actions chocs est une forme de protestation de plus en plus pratiquée par les activistes écologistes et qui suscite d’importantes réactions dans l’opinion publique. Cet essor de l’écologisme radical est en corrélation avec l’apparition du mal-être que l’on nomme l’éco-anxiété. Contraction des mots écologie et anxiété, ce terme désigne un ensemble d’émotions douloureuses et d’angoisses ressenties en réaction aux bouleversements environnementaux actuels et futurs. Dans un monde où l’urgence climatique est une réalité, on peut s’interroger sur l’efficacité et la finalité de ces actions.

Récemment, on observe un nombre croissant d’individus souffrant du trouble qu’on appelle éco-anxiété. Concrètement, ils se sentent tristes, déprimés, anxieux ou encore angoissés face à la crise écologique et à ses manifestations : mégafeux, inondations, hausse des températures, disparitions d’espèces, hausse du niveau de la mer etc. Au-delà du stress, l’éco-anxiété peut revêtir plusieurs formes et degrés de réaction. On parle notamment de « solastalgie », néologisme créé en 2007 par le philosophe australien Glenn Albrecht.
La solastalgie peut se traduire par une forme d’angoisse ponctuelle, de culpabilité, d’inquiétude plus persistante, ou encore de colère, de tristesse, pouvant aller jusqu’à la dépression ou à des troubles du sommeil. Ceci est peu surprenant compte tenu des rapports anxiogènes, photos chocs et campagnes de sensibilisation qui se multiplient dans les médias et sur les réseaux sociaux. C’est, selon les psychologues, une réaction normale au regard de la crise environnementale grave même si l’éco-anxiété n’est pas à l’heure actuelle reconnue comme une maladie.
L’éco-anxiété touche surtout les jeunes générations qui se sentent plus préoccupées par l’environnement que les générations précédentes. C’est en particulier le cas de la génération Z. Une étude sur ce sujet a été publiée en septembre 2021 dans la revue scientifique The Lancet Planetary Health. Menée auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans 10 pays, elle montre que le phénomène est loin d’être marginal : 45% des jeunes interrogés se disent en effet affectés par l’éco-anxiété dans leur vie quotidienne. Leur perception de l’état du monde est plutôt sombre : 75% estiment le futur « effrayant » et 56% jugent que « l’humanité est condamnée ».
Ces jeunes, pessimistes, expriment leur sentiment d’impuissance et leur souffrance morale à travers leur engagement pour la cause écologique. Dans leur vie quotidienne, cela se manifeste par le fait de manger bio et local, de réduire leur consommation de viande et de poisson, de tendre vers le « zéro déchet », de limiter leurs déplacements, ou encore de s’engager dans des actions concrètes en rejoignant des mouvements, en participant à des marches pour le climat, ou en signant des pétitions.

Mais pour de nombreux jeunes, le militantisme traditionnel ne suffit plus et on assiste à une radicalisation des actions et des modes de pensée. Pour eux, il faut aller plus loin et frapper plus fort. Pour cela, ils pratiquent la désobéissance civile et certains n’hésitent plus à franchir la limite de la violence. À titre de rappel, la désobéissance civile se définit comme le refus assumé et non violent d’obéir à une loi, un règlement ou un pouvoir jugé injuste. Ce terme fut créé par l’Américain Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique. C’est principalement Gandhi en Inde, Martin Luther King aux États-Unis ou Mandela en Afrique du Sud qui en ont montré l’efficacité.
Cette désobéissance civile favorise l’action directe et la propagande active glissant par moment vers des actes radicaux voire violents. Ces militants radicaux tentent d’influencer le débat public sur les sujets écologiques en utilisant les moyens de communication que nos sociétés ultra-médiatiques mettent à leur disposition. D’autant plus que les jeunes générations maîtrisent parfaitement ces outils. Cet activisme peut s’incarner en happenings variés, blocages de routes ou de sites, participations à des ZAD ou encore en éco-sabotage.
Les exemples récents sont légion : dégonfler les pneus des SUV considérés comme des aberrations écologiques, boucher les trous de terrains de golf et endommager le système d’arrosage en période de sécheresse ou encore jeter de la « soupe » contre des œuvres d’art dans les musées. On a tous en tête le cas de ces deux activistes anglaises du mouvement Just Stop Oil jetant de la soupe sur les Tournesols de Van Gogh à la National Gallery de Londres, pour demander l’arrêt des hydrocarbures. Toutes ces actions ont pour but de marquer les esprits et de faire bouger les consciences et les comportements mais on constate un décalage croissant entre l’intention des militants et la réception du message par l’opinion publique.

Si l’objectif de visibilité est atteint, celui de rallier la population à leur cause n’est pas acquis. Selon un sondage YouGov publié dans le Huffington Post en novembre 2022, les nouvelles pratiques de ces militants suscitent une défiance plutôt généralisée. Par exemple, 75% du panel interrogé déclarent ne pas soutenir le blocage de la circulation et 80% des personnes condamnent les happenings dans les musées. Quant à la question de l’utilité de ces actions dans la prise de conscience des enjeux climatiques, il est frappant de constater que plus de 7 Français sur 10 répondent par la négative.
Ce rejet massif peut s’expliquer en partie par un ras-le-bol croissant des Français d’être sans cesse culpabilisés sur leur mode de vie. En ces temps de crises et d’incertitudes, les ménages ont d’autres priorités notamment financières d’autant plus que ceux-ci ont déjà bien assimilés les gestes écologiques du quotidien comme le tri sélectif même si tout n’est pas encore parfait. Comme bien souvent, ce sont les petites gens qui sont la cible plutôt que les gros pollueurs. Les Français apparaissent tout autant méfiants envers ces militants radicaux qu’envers les décisions gouvernementales concernant l’écologie. Il y a un consensus au sujet de l’inaction des gouvernements et de la nécessité d’agir rapidement pour limiter le réchauffement climatique, en revanche ce genre d’actions décrédibilisent la cause pour de nombreuses personnes.
On entend souvent que les nouvelles générations manquent d’engagement mais l’écologie est l’un des grands combats du XXIème siècle et il est rassurant de voir que ces jeunes s’emparent de ce combat. Cependant, on ne peut pas nier le décalage des préoccupations et l’incompréhension des méthodes entre les générations.

Ce nouveau militantisme qui découle de l’éco-anxiété participe indéniablement à la diversification des moyens d’alerter sur l’urgence climatique au risque de se mettre à dos une large partie de l’opinion publique. Ces jeunes assument leur radicalité pour attirer l’attention médiatique et interpeller le public mais leurs actions n’ont pas vraiment de sens pour les gens ordinaires et les cibles choisies n’ont pas toujours de rapports évidents avec le message qu’ils veulent faire passer. Si parfois des coups d’éclat réussissent à faire bouger les choses, jusqu’où ira cette désobéissance civile ?

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